2. Critiquer : une hygiène
La nature profonde de Clarín réapparaît lorsqu'il aborde en critique la littérature de son temps ; les motivations, émanant d'une psychologie tourmentée, sont complexes et parfois troubles. Pour Clarín, en effet, la critique était un besoin vital, journalier, parce qu'elle exprimait, plus encore qu'un jugement sur des conceptions ou des productions littéraires, un choix et une exigence sur les formes d'une civilisation. « L'art pour l'art », et donc le modernisme, le naturalisme avec son désir de s'appuyer sur la science lui semblaient autant d'« enveloppes vides ». Comment pouvait-il en être autrement chez un spiritualiste qui avait tranché entre la raison et le sentiment en proclamant : « Sentir, tout est là » ? chez cet être physiquement défavorisé, qui ne concevait l'amour humain qu'à la manière d'une épreuve sur le chemin d'une éthique transcendante ou, peut-être, d'une communion avec Dieu ? chez un mystique de l'idéal qui voulait que la littérature traduisît cet appel religieux qu'il sentait en lui, et entendait consacrer sa vie à préserver dans sa pureté ce moyen privilégié en condamnant les fausses valeurs et en pourchassant l'hérésie ? Dès lors, la critique – sérieuse, humoristique et burlesque – prit souvent chez lui l'allure et le rythme d'un combat personnel, avec ses petitesses et sa grandeur, la gravité d'une œuvre pie qui vaut au critique une autorité sociale et métaphysique souveraine. Qu'il encense ou qu'il fulmine, Clarín indique la direction du bien et de la vérité, et, lorsqu'il insiste sur le caractère « hygiénique et policier » de ses jugements, il ramasse en une conjonction très dense une ascèse personnelle et l'idée d'une mission collective proprement symbolique qu'il manifesta par une activité débordante.
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