2. Les apports du cinéma parlant
On a dit et redit ce que le parlant avait fait disparaître en ses débuts : la pureté du genre, la suggestion, le mystère, la magie liés à l'absence de son, l'ambiguïté des situations, la liberté dans l'enchaînement des plans, la stylisation de la réalité, la liberté de tournage en extérieur (le parlant imposait au début l'insonorisation, donc le studio), etc. Toutes choses qu'il a dû lentement reconquérir avec ses moyens propres.
« Chaque fois, écrivait Benjamin Fondane, défendant en cela une thèse que partageaient largement les réalisateurs russes Eisenstein ou Poudovkine, que la parole s'empare du réel [...], par l'acte même de son existence, elle affirme ; aucun doute n'est possible sur ce qu'elle veut, sur les valeurs qu'elle tend à nous imposer [...]. Tout malentendu est supprimé [...], ce malentendu qui faisait la force du cinéma muet. » Selon Fondane, la parole venait également enchaîner la caméra à un point de vue à hauteur d'homme, la prise de vue ne pouvant plus s'élever sur les praticables « en alpiniste visuel ». « La liberté du montage [...] s'est vue menacer ruine [...], le dialogue est là, inamovible, irréductible, il tient l'image en suspens. » Ce qui prouve la justesse de ces remarques écrites en 1932, c'est le fait que nombre des acquisitions ultérieures du parlant seront celles-là même qui réintroduiront dans le cinéma les valeurs qu'il avait commencé par lui ôter, comme – pour citer celles qu'évoque Fondane – la possibilité du malentendu (par l'utilisation d'un dialogue semi-intelligible, d'une voix off énigmatique, ou d'une langue étrangère non traduite – possibilité qu'exploite l'Anatahan de Sternberg) et la liberté de placer la caméra, que le parlant retrouvera en décrochant le « point d'écoute sonore » du point de vue visuel (parti pris d'une voix systématiquement en gros plan, même quand les personnages sont vus d'avion).
En 1929, Chaplin accuse : « Le film parlant s'attaque aux traditions de la pantomime que nous avons essayé d'établir a […]
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