4. Spike Lee et après
Le cas de Spike Lee et de ses successeurs est plus difficile à situer en termes d'école. Comme Martin Scorsese ou Jim Jarmusch, Lee est un auteur complet qui crée un univers personnel, dès son premier long-métrage Nola Darling n'en fait qu'à sa tête (She's Gotta Have it, 1986), qui porte les aspirations de sa communauté tout en en confisquant l'héritage, le potentiel expressif au profit d'une volonté créatrice très forte. Spike Lee est le premier cinéaste noir à n'avoir jamais accepté aucun compromis avec Hollywood : son charisme, les appuis financiers qu'il n'hésite pas à aller chercher auprès des riches Afro-Américains, le contrôle des opérations via sa maison de production en font un réalisateur absolument atypique. Ancré dans la tradition du film de ghetto, Do the Right Thing (1989) la transcende au profit d'un « opéra » plein de bruit et de fureur qui rompt avec l'attitude de repli qui prévalait chez un Charles Burnett. Si l'auteur se sert des traditions afro-américaines, le succès de ses films fait boomerang et permet à une nouvelle génération de cinéastes d'éclore. Mais, à l'exception de Boy'z the Hood de John Singleton (1991), qui redonne une actualité au film de ghetto, les autres films produits dans les années 1990 : New Jack City de Mario van Peebles, le fils de Melvin (1991), Menace II Society de Albert et Allen Hugues (1993) ne font que renouer avec le manichéisme de la Blaxploitation. Ernest Dickerson, le chef opérateur de Spike Lee, après un intéressant essai (Juice, 1992) se lance dans le genre fantastique (Demon Knight, 1995).
On peut dire que les cinéastes noirs qui travaillent actuellement dans le système cinématographique ne cherchent pas vraiment à promouvoir une esthétique et une problématique spécifiques, comme l'avaient fait Gerima ou Clark. Dans son film Summer of Sam (1999), Spîke Lee ne fait plus aucune référence au monde noir. L'authenticité doit être recherchée dans une production indépendante qui a du mal à s'imposer en dehors des festivals :
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