Le cinéma noir américain occupe une place à part à l'intérieur des productions ethniques qui ont souvent permis d'exprimer les fluctuations du rêve du melting-pot, encouragé ou rejeté selon la nature des crises qui secouaient la société. Diverses tentatives de définition en ont été proposées : James P. Murray englobe des productions réalisées par des Blancs mais dont un thème évoque la question des Noirs, alors que pour Glastone L. Yearwood il faut que les pratiques signifiantes soient directement issues de l'expérience et de la culture afro-américaine. Aujourd'hui, avec l'intégration croissante des Noirs dans la société américaine, la définition de Murray prévaut.
De l'esclavage des Noirs à la toute-puissance de la musique de jazz, de la formation du Ku Klux Klan à la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, se sont tissés des liens ambigus entre communautés noire et blanche qui ont profondément marqué la culture et la société américaines. Contrairement aux Italiens, qui ont attendu une période récente pour se manifester pleinement, les Noirs ont toujours été présents dans le cinéma américain, même si c'était de manière caricaturale, et pas toujours en tant que cinéastes, mais aussi comme acteurs ou scénaristes : dans les films de ghettos des années 1910 et 1920, les all Black cast des années 1930 et 1940, les œuvres des cinéastes libéraux blancs des années 1950, la nouvelle vague de cinéastes noirs des années 1960 et 1970, et enfin, sous la forme d'un cinéma proche de celui des indépendants italiens, avec l'avènement de Spike Lee en 1986 et l'apparition d'une nouvelle génération d'acteurs.
1. Le temps du ghetto
Avec environ 30 millions d'habitants, la communauté afro-américaine constitue la principale minorité ethnique aux États-Unis, et certainement la mieux intégrée parmi les groupes non européens. Dès les années 1910-1915, à la suite de la grande migration vers le Nord et ses centres industriels, une bourgeoisie noire commence à se former, avec ses intellectuels et ses h […]
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