3. Le cinéma reconstruit l'histoire
• Le film d’histoire
Le cinéma c’est également la machine à remonter le temps. Les metteurs en scène sont capables de donner une apparence de vie à Louis XIV, à Jeanne d'Arc, voire à Jésus-Christ, mais aussi à la population d'un village médiéval ou aux bâtisseurs des pyramides. Pour de multiples raisons, le filon historique suit toute l'histoire du cinéma : déjà, les metteurs en scène employés par les frères Lumière filmaient en un plan unique de dix-sept mètres une Entrevue de Napoléon et du pape, un Assassinat du duc de Guise ou une Exécution de Jeanne d'Arc.
Le cinéma d'histoire a pris la place qu'occupaient les images (d'Épinal et d'ailleurs) dans la constitution d'un passé national légitimant l'État au présent. Il s'est également coulé dans le moule du roman historique, ici Alexandre Dumas, ailleurs Walter Scott ou, spécifiques de la jeune mémoire des États-Unis, les chroniques du « Wild West » de Fenimore Cooper ou de ses héritiers. Il est devenu un genre commercial : le film en costumes, exploité dans le monde entier. Il est à l'origine de cette mythologie longtemps fascinante de la cantine hollywoodienne où trois cow-boys côtoient un sénateur romain en toge, deux héros shakespeariens et Napoléon en personne, tous mastiquant un identique hamburger. Hollywood filmait aussi l'histoire.
Le film historique possède ici un double statut : il est moyen d'expression de l'histoire, et source pour l'historien. Rarement source sur la période de référence (les croisades ou le xviiie siècle), mais sur le temps zéro du film, le moment où il est conçu, tourné, diffusé et où il rencontre son premier public. C'est avec les yeux du présent, avec les outils conceptuels du présent, avec les moyens techniques du présent que le cinéma voit et anime le passé : un hypothétique Mazarin tourné en 1960 nous informerait plus sur la France de Charles de Gaulle que sur celle de Louis XIV adolescent. Hors une veine, abondante, dont la raison d'être est d'ordre exclusivement commercial, le cinéma d'histoire (le film historique) trouve sa justificatio […]
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