2. Un théâtre d'objet
Cette dramatisation quelque peu baroque du portrait dans le style des vieux maîtres ne laissait pourtant pas deviner la série des Sex Pictures, réalisés à partir de 1992, dont la crudité se rapporte à des photographies antérieures, notamment celles des séries de 1987 représentant la nourriture, des éléments organiques en train de pourrir. La particularité des Sex Pictures est en effet leur évident fétichisme à travers les accessoires choisis, leur sado-masochisme clairement exposé dans les agencements des objets, ce que l'on aurait tendance à immédiatement identifier à la violence pornographique. Cette violence, si elle crée parfois le malaise chez le spectateur, est pourtant vite désamorcée dans la mesure où nous avons affaire à des objets, des prothèses, des mannequins, qui sont autant de substituts d'une sexualité ou d'une pornographie concrète. Apparaissant très peu dans ces photographies, souvent invisible, Cindy Sherman a préféré se faire, pour ainsi dire, remplacer par des éléments qui tiennent lieu de son personnage. Dans ces montages ou ces accumulations de corps de mannequins, ou, plus exactement de fragments de corps, vieux ou jeunes, masculins et féminins qui s'entremêlent parfois de manière bizarre, on a voulu souvent retrouver la démarche surréaliste d'un Hans Bellmer, tant les corps sont démembrés et comme recomposés par une sorte de perception pathologique. Ce qui conduit parfois à aborder des frontières situées entre sexualité et regard médical, comme cette image où l'on voit en gros plan surgir une tête adulte d'un sexe féminin (des mannequins), et dont on ne sait plus s'il faut la ranger du côté de l'accouchement ou de quelque pratique sexuelle perverse, d'autant qu'elle est impossible. C'est assurément cela qui choque ou heurte notre sensibilité : une complète déshumanisation du regard photographique porté sur nos corps vivants remplacés ici par des objets, et conduisant à une puissante réification.
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