Depuis 1975, date de ses premières photographies, Cindy Sherman (née à Glen Ridge, New Jersey) n’a, pour ainsi dire, réalisé qu’une seule image : la sienne. Malgré les maquillages, les costumes, les mises en scène, les éclairages, les lieux différents, c’est toujours la même femme que l’on reconnaît sous d’innombrables masques. Mais c’e st aussi à chaque fois un être différent, inconnu, très éloigné de son image réelle. Au total, trois cents photographies qui nous présentent ainsi la constante transformation de ce Protée, où le vrai et le faux-semblant sont indiscernables, et dont l’unique obsession est l'image de soi.
1. Le jeu du même et de l'autre
Au premier abord, le travail de l’artiste appartient au genre de l’autoportrait, puisque Cindy Sherman conçoit et met au point les prises de vue, réalise elle-même les photographies où elle figure comme le seul personnage vivant. Elle se perçoit pourtant comme une autre personne jouant des rôles multiples, comme elle l’affirme : « Je ne pense pas à des autoportraits ni à des portraits de moi. Pour moi, ce sont d’autres personnes. Pendant que je travaille, c’est comme si j’avais un modèle. » Le corps et le visage de Cindy Sherman sont donc pris comme ceux d’un modèle qui poserait pour elle, avec cette différence que l’artiste est à la fois metteur en scène et acteur. Cette procédure était déjà à l’œuvre dans ses toutes premières photographies en noir et blanc, lesquelles présentaient Sherman en jeune fille de bonne famille, en prostituée, en femme de ménage, en mondaine, en star de Hollywood, tantôt brune, tantôt rousse, tantôt blonde, les cheveux courts ou nattés, adoptant les poses qui conviennent aux différents types sociaux. À ces actions et à ces états physiques correspondent des états psychologiques exprimés, bien sûr, par les traits du visage, mais aussi, parfois, par la manière de cadrer l’image. Dans la série des Untitled Film Still (1978) – qui s’apparentent aux photogrammes de films –, la prise de vue rappelle non seulement […]
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