5. L'homme et le savant
Cette impiété finale d'un aristocrate de la pensée et d'un privilégié de la société de son temps s'explique en définitive beaucoup mieux que son inlassable participation au travail des autres, que ses retards à poser les actes susceptibles d'assurer sa gloire.
La science rationnelle avait trouvé en lui un esprit supérieur, qui alliait l'appétit de démonstration avec un sens aiguisé de l'expérience et que ses intuitions les plus profondes détournaient de prendre parti dans les débats philosophiques avant d'avoir avancé suffisamment dans la connaissance des lois de la nature. Il avait trop mesuré la fragilité des systèmes pour ne pas donner la préférence à ce qui permet d'assurer au savoir des bases positives et concrètes, et c'est sans doute pourquoi la sélection de ses principes, particulièrement ceux auxquels l'avenir a donné les noms de relativité et de conservation de l'énergie, a traversé le temps.
C'est certainement aussi la raison pour laquelle le savant a pris tout en lui, empêchant peut-être l'achèvement de l'homme, mais léguant à l'humanité mieux qu'une mémoire personnelle : une contribution positive à la démarche de son savoir.
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