3. Les longues résonances de la chouannerie
Après 1800, alors que les chefs sont isolés et poursuivis (Frotté est fusillé, Cadoudal parti pour l'Angleterre), la chouannerie entre dans une clandestinité de comploteurs, tentant de s'opposer au régime et à son chef, en dépendant étroitement de l'Angleterre ; en même temps, elle permet que les ruraux les plus humbles se dévoient dans des coups de mains à mi-chemin entre action politique et infraction de droit commun. Renouant avec les pratiques des « chauffeurs » qui avaient sévi en 1795 et 1796, les chouans commettent alors des actes de brigandage, attaques de diligences ou enlèvements, qui ternissent l'image de la chouannerie et détachent d'elle les nobles qui ne se retrouvent plus dans un pareil mouvement.
La dynamique pourtant ne disparaît pas et des armées secrètes continuent d'exister, ce qui est attesté en 1814 et en 1815, lors du retour du roi et surtout au moment des Cent-Jours, période qui voit des combats éclater dans l'Ouest, et des hiérarchies royalistes réapparaître ouvertement. Celles-ci tiennent ensuite la région, en s'opposant le cas échéant aux troupes étrangères d'occupation. En 1832, elles se manifestent au moment de la tentative de la duchesse de Berry pour soulever la France de l'Ouest contre Louis-Philippe, mais l'élan des ruraux est limité et l'action tourne court. Le souvenir tend à disparaître ensuite, les populations gardant pourtant le souvenir des traces locales de combats ou de sépultures. Dans les années 1840-1850, les romantiques s'intéressent à cet épisode dont Balzac avait puissamment contribué à donner une image contrastée (Le Dernier Chouan, 1829, renommé Les Chouans en 1834). Hugo, comme bien d'autres, mêle Vendée et chouannerie. L'élan est donné qui identifie l'Ouest comme la région marquée par un archaïsme politique et social, comme par la lande et le granit. Des épopées légendaires de chefs locaux popularisent le mouvement dans de nombreux romans et tableaux. Le cinéma naissant s'emparera du thème, et ne le lâchera plus, de Chouans de Luitz Morat en 1925 à Chouans de Philippe de Broca en 1988. La chouannerie est devenue ainsi un des épisodes marquants de la mémoire collective des Français.
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