Choses vues est un volumineux ensemble de textes que Victor Hugo (1802-1885) avait laissés impubliés. Réunis en volume, ils ont paru pour la première fois deux ans après sa mort, en 1887. Le titre a été donné par les éditeurs de ses écrits posthumes et repris par la tradition. Il s'avère d'ailleurs approximatif, dans la mesure où Hugo n'est pas toujours le témoin oculaire des faits qu'il relate et où les « choses » s'avèrent être aussi bien des événements que des bribes de conversation, des instantanés du quotidien, des descriptions ou des portraits.
1. Un recueil disparate
Si Choses vues a connu dès sa parution un grand succès, le texte établi était loin d'être définitif. Il n'a cessé durant un siècle de s'enrichir de fragments demeurés inédits qui, très disparates, rendaient toujours plus délicate la mise au point d'une édition logique et ordonnée. Certains éditeurs ont donc tenté de donner une unité à ce qui n'en avait guère, en classant les textes en fonction de la chronologie des faits relatés et non de la rédaction et en les faisant artificiellement apparaître comme les pages d'un journal intime. D'autres se sont tenus aux indications des manuscrits, laissant côte à côte, sans les unifier, les grands blocs auxquels l'auteur avait donné un titre particulier : « Journal de ce que j'apprends chaque jour », « Faits contemporains » et « Le Temps présent ».
Par-delà leur diversité, ces écrits ont en commun d'avoir, pour la plupart, été rédigés entre 1844 et 1851, c'est-à-dire à une période où Hugo délaisse la création littéraire – hormis son grand projet Jean Tréjean, qui deviendra Les Misères puis Les Misérables –, pour se consacrer à la vie publique. Il est entré à l'Académie française en 1841 ; il est fait pair de France en 1845 ; il est élu député de Paris en 1849. Par ailleurs, en 1843, il a perdu sa fille Léopoldine, accidentellement noyée dans la Seine avec son mari. Le fait d'être devenu un observateur privilégié des lieux de pouvoir et de mondanité semble se conjuguer avec le de […]
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