2. Une analyse positive et normative du politique
En appliquant la méthode économique au-delà de ses frontières traditionnelles, l'école des choix publics a aussi bien renouvelé la science politique que la théorie économique. Elle invite d'abord à reconsidérer l'idée que l'État puisse jouer, de manière parfaitement bienveillante et neutre, son rôle de garant de l'intérêt général. En ouvrant la boîte noire du fonctionnement de l'État et des stratégies individuelles dont il est le théâtre, elle dévoile des mécanismes qui peuvent rendre inefficaces l'action publique : irrationalité du vote majoritaire, capture du législateur par des groupes de pressions, comportement de recherches de rentes et lobbying, maximisation des budgets par les bureaucraties, etc.
Cette vision désenchantée de l'action publique se double d'une analyse normative, principalement organisée autour de l'étude des constitutions optimales. Depuis le début des années 1980, l'école des choix publics cherche à préciser les conditions institutionnelles d'un fonctionnement efficace de l'ordre politique. L'attention se porte alors sur les normes constitutionnelles nécessaires pour limiter les comportements politiques discrétionnaires. En matière de politiques fiscale et monétaire, par exemple, l'école des choix publics défend l'adoption de règles constitutionnelles strictes concernant en l'occurrence les niveaux de déficits publics et d'inflation, auxquelles les lois votées par les Assemblées ne peuvent déroger.
Enfin, du strict point de vue de la théorie économique, l'école des choix publics a contribué à battre en brèche l'opposition traditionnelle entre État et marché. Ces deux institutions ont, en effet, une parenté formelle : toutes deux sont des procédures de choix collectifs. Déterminer la part respective de l'État et du marché dans une économie doit donc passer par une comparaison fine de leur efficacité respective.
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