2. La théorie du choix social
Avec la publication de Choix collectifs et préférences individuelles, s'ouvre un nouveau domaine de recherche, le choix social. Les questions de l'économie du bien-être sont ainsi reformulées autour d'une unique question : celle de l'agrégation des préférences individuelles au niveau collectif. Or, au cœur de ces recherches, le théorème d'impossibilité apparaît comme une limite indépassable de toute procédure d'agrégation. Les auteurs qui ont traité du choix social ont donc adopté, tout en reprenant la méthode axiomatique et ses avantages en termes d'exposition et de clarté, une stratégie de contournement : si aucune procédure de choix collectif ne peut remplir les conditions, c'est que certaines de ces conditions sont trop fortes.
Une première manière de lever l'impossibilité est ainsi de modifier la notion de rationalité collective et de ne plus exiger, par exemple, de la règle de choix que des classements partiels. Une deuxième solution consiste, suivant en cela les remarques d'Arrow lui-même, à restreindre le domaine des préférences individuelles admissibles : en cas de préférences unimodales, par exemple, c'est-à-dire lorsque la fonction d'utilité qui représente les préférences n'a qu'un maximum unique, certaines règles de décision collective échappent au théorème. Enfin et surtout, il est possible de renoncer au parétianisme auquel adhérait Arrow en 1951 et d'accepter la possibilité de comparaisons interpersonnelles d'utilité. C'est la voie qu'emprunteront de nombreuses recherches au cours des années 1970, à la suite des travaux d'Amartya Sen. Le choix social rejoint alors la philosophie morale et les théories de la justice comme l'utilitarisme ou la théorie rawlsienne et doit en retour s'interroger sur le sens de ses catégories d'analyse comme l'utilité ou les préférences.
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