16. Arts populaires
Malgré leur profonde originalité, les arts populaires de la Chine ne sont appréciés à leur juste valeur ni dans leur propre pays ni dans les autres pays. Sans doute des recherches approfondies ont-elles été entreprises sur les œuvres à caractère décoratif (broderies, papiers découpés) ou étroitement associées à la religion (« images de Nouvel An »). Mais de nombreux domaines de la culture matérielle restent encore à explorer. Les enquêtes et les collectes faites par des étrangers vivant en Chine dans la première moitié du xxe siècle n'en ont que plus de prix. Leurs études, conduites souvent avec une grande rigueur, concernent cependant un nombre limité d'objets (enseignes des échoppes, jouets du Nouvel An, etc.) et des aires géographiques strictement circonscrites. D'autres objets, comme les céramiques d'usage ou les vanneries, n'ont pas suscité jusqu'à présent un intérêt à la mesure de ce qu'ils représentent dans l'environnement quotidien chinois.
En Chine même, plusieurs facteurs ont fait négliger parmi les œuvres populaires celles où l'on ne percevait pas une intention esthétique éminente. Ainsi, à la fin de l'Empire, la virtuosité a été pour les élites l'un des critères majeurs d'appréciation du goût, et cette esthétique a fait inévitablement apparaître l'art populaire comme naïf ou archaïque. Plus tard, des intellectuels chinois se sont certes intéressés aux arts et aux traditions populaires de leur pays, mais ils ont privilégié le folklore. La culture matérielle proprement dite est restée dans l'ombre. Dans ces conditions, il ne pouvait se constituer un mouvement esthétique comparable au mingei, mouvement déjà en gestation dans la culture du Japon préindustriel mais remarquablement animé par un Yanagi Sôetsu (1889-1961).
Art déprécié ou simplement ignoré des lettrés, l'art populaire ne s'en est pas moins transmis et enrichi continûment jusqu'à la fin de l'Empire. Puis les bouleversements occasionnés au xxe siècle par les guerres, par les aléas po […]
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