1. Maladies et thérapeutiques dans l'Antiquité chinoise : du modèle explicatif divin aux lois de la nature
Les plus anciens témoignages que nous ayons sur les conceptions des maladies et de leurs traitements sont des inscriptions sur carapaces de tortue, issues des divinations, pratiquées du xie au viiie siècle avant J.-C., dans la vallée du cours moyen du Huanghe (fleuve Jaune), au nord-est de l'actuelle province du Henan. L'examen de ces sources archéologiques laisse entrevoir une certaine forme de culture de la santé et de la maladie. La maladie y est comprise comme la vengeance d'ancêtres défunts mal honorés, les morts et les vivants constituant alors une communauté unique fondée sur des liens de dépendance réciproque. À cette représentation des maladies répondent les pratiques sacrificielles destinées à rétablir l'harmonie entre morts et vivants. « Sévères maux de dents ? Faut-il tuer un chien et l'offrir au père Keng défunt et sacrifier un mouton ? », peut-on lire sur un oracle inscrit sur carapace de tortue.
Les conceptions de l'origine des maladies changent au milieu du 1er millénaire avant notre ère, sous la dynastie des Zhou (xiie-iiie s. av. J.-C.). Si les ancêtres défunts sont toujours perçus comme les acteurs essentiels de l'heureuse ou de la mauvaise fortune des vivants, ceux-ci avoisinent désormais tout un monde de démons dangereux, responsables, entre autres, des maladies. L'origine démoniaque des maladies est peut-être liée à la croyance qui prend forme à cette époque selon laquelle l'homme est habité par deux sortes d'âmes, les trois âmes hun et les sept âmes po. Quand arrive l'heure de la mort, ces âmes se séparent. Les âmes po restent auprès du corps tandis que les âmes hun s'en échappent et peuvent errer sur terre, devenant des sortes d'âmes mendiantes capables de s'attaquer aux vivants. Mais la croyance en l'attaque de démons, et donc d'éléments extérieurs à la communauté des hommes, reflète aussi sûrement le climat d'insécurité qui prévaut dans le […]
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