6. Recrutement, carrières, vie politique
Qu'il s'agisse de définir et de superviser des politiques sous-traitées à des acteurs non bureaucratiques ou de gérer directement la fiscalité, la justice, la politique monétaire, la défense, sans parler du personnel lui-même, toutes ces fonctions demandent une indéniable technicité. Les fonctionnaires choisis pour les assumer possèdent-ils les compétences requises, ou n'a-t-on que d'aimables (ou peu aimables) amateurs armés de leur « vertu » et de leur connaissance des classiques, laissant la réalité des opérations à des subalternes plus « professionnels », mais peu sûrs et mal surveillés ? C'est poser à la fois la question du recrutement par examen et celle des procédures de désignation aux postes de gouvernement.
La critique des examens confucéens est un vieux genre auquel se sont exercés non seulement les historiens modernes, mais aussi maints contemporains (les critiques du milieu du xviie siècle comme Gu Yanwu ne sont qu'un exemple, auquel on ajoutera le célèbre roman Chronique indiscrète des mandarins [Rulin waishi] publié un siècle plus tard). Les arguments sont toujours les mêmes et dans l'ensemble ils sont incontestables : bachotage, conformisme, prépondérance des exercices purement littéraires, pas de disciplines pratiques, une sélection largement fondée sur le hasard, quand ce n'est sur la fraude. Par réaction à la domination de la poésie et des belles-lettres dans les examens des Tang, les Song avaient introduit quelques épreuves de mathématiques et de droit, et, pour une courte période, le fondateur des Ming y avait même ajouté le tir à l'arc et l'équitation ! Pendant la plus grande partie des Ming et des Qing, les épreuves qui décident de tout n'en demeurent pas moins ces essais sur des citations des Quatre Livres rédigés dans une forme très contraignante (la « dissertation à huit jambes », baguwen) et où les candidats se doivent de suivre l'orthodoxie (ou la mode) du moment. On notera cependant que les grands problèmes politico-ad […]
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