5. État et économie
Cela dit, les pratiques de délégation et de sous-traitance, inévitables dans un contexte de très faible densité administrative, font aussi partie de l'arsenal bureaucratique le plus orthodoxe. On en a un bon exemple avec la formation de la future élite bureaucratique virtuellement laissée aux « académies » privées (shuyuan), l'État imposant sa définition de l'orthodoxie par le biais du monopole qu'il détient sur l'accès aux positions de pouvoir. Mais ces pratiques sont particulièrement en évidence dans le domaine économique. Le commerce et les marchés sont presque partout supervisés par des courtiers (yahang) agréés par le gouvernement, qui se chargent aussi de lever les taxes commerciales ; si l'on excepte l'impôt en grain (le « tribut ») des provinces du Yangzi qui transite par le Grand Canal jusqu'à Pékin, les transports de marchandises publiques (céréales destinées aux stockages publics ou aux secours en cas de famine, cuivre du sud-ouest livré à la Monnaie de Pékin...) sont confiés à des transitaires privés ; l'extraction des matières premières et la production des articles à l'usage du gouvernement sont très largement sous-traitées aux « marchands » ; enfin, l'entretien de la plupart des infrastructures (routes, ponts, digues, canaux...) est assuré par leurs bénéficiaires sous la surveillance de l'administration : dans ce dernier domaine, les digues du fleuve Jaune et la maintenance du Grand Canal sont les deux principales exceptions.
D'une manière générale, si le gouvernement définit les politiques économiques et continue de prendre les décisions cruciales en matière d'« équipement », les gros efforts de trésorerie et de gestion directe sont exceptionnels. L'idéal poursuivi est d'obtenir un maximum de résultats avec un minimum d'investissement en personnel et en fonds, de limiter, chaque fois que c'est possible, l'intervention publique à la définition des procédures, au contrôle de leur application, parfois à des aides remboursables lorsqu'il s'agit de créer de nouvelles […]
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