4. L'État bureaucratique à l'apogée de la dynastie mandchoue
On s'arrêtera à la dynastie des Qing avant les crises du xixe siècle, à l'« ouverture » à l'Occident et la disparition du système impérial. La dialectique suggérée plus haut y est clairement en évidence. Si le système est loin d'être à bout de souffle et si l'on constate au contraire de remarquables efforts de création institutionnelle et d'adaptation aux problèmes contemporains, les pesanteurs de la tradition et le phénomène d'entropie bureaucratique n'en restent pas moins présents. Les spécificités de la période apparaissent clairement lorsqu'on tente d'élucider les continuités et les contrastes avec les régimes précédents.
La structure du gouvernement sous les Qing est l'aboutissement de tendances amorcées au début des Song. Tous les pouvoirs sont en principe concentrés entre les mains de l'empereur, assisté d'une poignée de hauts fonctionnaires regroupés dans un « Grand Secrétariat » (neige) et, à partir des années 1720, dans un « Grand Conseil » (junjichu) dont les bureaux sont à proximité immédiate du souverain ; souvent considéré comme un nouvel instrument de l'absolutisme, le Grand Conseil est en fait, pour certains auteurs du temps, une institution favorable à la bureaucratie dans la mesure où cette dernière, par l'intermédiaire de ses plus éminents représentants, assume désormais des fonctions remplies sous les Ming par les eunuques du palais.
Le pouvoir au-dessous du souverain est systématiquement fractionné, y compris au sein du gouvernement central : le poste de Premier ministre, symbole du pouvoir aristocratique sous les Tang et du pouvoir bureaucratique sous les Song, a été aboli par le fondateur des Ming à la fin du xive siècle. La gestion courante est assurée par les « Six Ministères » (liubu). Ces administrations spécialisées, chargées respectivement de la fonction publique, des finances, des rites, des armées, de la justice et des travaux publics, étaient à l'origine coordonnées entre elles et intégrées au Dépa […]
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