3. Conservatisme et réformisme
Les propositions de réforme dont il vient d'être question n'ont pas eu de suite, pas plus d'ailleurs que d'autres, suggérant, en sens inverse, de résoudre le problème de l'insuffisance de la densité administrative en bureaucratisant les échelons subalternes. Est-ce à dire que le système parachevé sous les Song et l'idéologie sur laquelle il s'appuie sont par essence conservateurs ? C'est une question à la fois de contexte politico-institutionnel et d'ambiance intellectuelle. La tradition philosophique dont les fonctionnaires impériaux sont les dépositaires officiels est loin d'être figée et dédaigneuse des réalités. Ce qui frappe, au contraire, c'est la plasticité du confucianisme, surtout enrichi des courants intellectuels et religieux qui ont façonné avec lui l'univers mental des Chinois, son aptitude à justifier, suivant les cas, des projets politiques tantôt réactionnaires, tantôt rénovateurs. Le néo-confucianisme des Song (érigé définitivement en orthodoxie sous les Qing et dont l'« examen des réalités » est un des slogans) pas plus que l'intuitionnisme de l'école de Wang Yangming au tournant du xvie siècle ne sont en contradiction avec une approche concrète et inventive des problèmes de gouvernement. Les efforts les plus drastiques de réorganisation administrative et économique, comme ceux de Fan Zhongyan et de Wang Anshi sous les Song, s'appuient bien sûr sur une rhétorique confucéenne : s'il est d'ailleurs une époque où les bureaucrates chinois ne paraissent pas (en tout cas pas tous) immobilisés par la tradition, recherchant au contraire de nouvelles formes institutionnelles, de « nouvelles lois » (xinfa, le terme qui désigne les réformes fameuses de Wang Anshi) pour améliorer les performances économiques et militaires de l'empire, c'est bien celle-ci.
C'est également à l'époque des Song, plus particulièrement à l'historien Sima Guang (un adversaire des réformes de Wang Anshi, pourtant), que remonte une tradition historiographique […]
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