2. Bureaucratie et sub-bureaucratie
La règle d'évitement pour les fonctionnaires territoriaux a pour envers le fait que la masse des agents subalternes placés sous leurs ordres doivent, eux, être recrutés sur place (l'idée étant d'empêcher que les fonctionnaires en titre n'amènent dans leurs wagons une troupe de compatriotes exclusivement dévoués à leurs intérêts). De là découle une des difficultés majeures de l'administration locale. Le gouvernement des sous-préfectures – le point de contact par excellence entre pouvoir politique et société – s'effectue sous le signe d'une double dichotomie : d'une part, entre fonctionnaires en titre, nommés et payés par le pouvoir impérial, et personnel subalterne sans statut, vivant sur le pays ; d'autre part, entre bureaucrates « parachutés » dans une région qui leur est étrangère (souvent même linguistiquement) et agents d'exécution étroitement imbriqués dans le système de pouvoir de la société locale. Comme tant d'autres caractéristiques du système administratif qui prévaut à la fin de l'empire, le fossé entre fonctionnaires responsables et personnel d'exécution est d'abord un héritage des Song. Soucieux de renforcer les privilèges et le prestige de la petite élite bénéficiant du statut de fonctionnaire en rendant plus étanche la frontière qui la sépare du reste, ceux-ci ont affecté les membres du personnel local du statut de citoyens de seconde zone (ou « déclassés », jianmin), qui leur interdit toute mobilité ascendante et leur vaut le mépris des « honnêtes gens » (liangmin). Les conséquences sur la nature et la qualité de l'administration locale ont été considérables, à commencer par le fait qu'en dessous du niveau préfectoral la densité en personnel bureaucratique directement responsable devant le gouvernement est toujours restée extrêmement faible, et l'a même été de plus en plus en raison de l'accroissement démographique et du très petit nombre de créations de nouvelles sous-préfectures. Ajoutons que, à l'opposé de ce qui se passe […]
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