3. L'ère de la révolution culturelle (1966-1976)
« Fuite en avant dans l'utopie radicale » (M.-C. Bergère) ou « lutte pour le pouvoir au sommet entre une poignée d'individus » (S. Leys), la « grande révolution culturelle et prolétarienne » fut en tout cas à la fois l'apogée du pouvoir de Mao Zedong et un extraordinaire chaos installé au cœur du régime communiste. Une génération de jeunes Chinois s'y livra, encouragés d'en haut à recommencer l'épopée de la Longue Marche : répétition comique et sulpicienne quand on en observe aujourd'hui les objets du culte ; tragédie mortelle pour d'innombrables intellectuels, experts et cadres chinois qui furent persécutés au nom de la réunification du travail manuel et intellectuel. D'une révolution, elle n'eut que le nom : car le groupe des dirigeants de celle-ci, bientôt connu sous le diminutif énigmatique de « centre », inspira constamment les décisions politiques des gardes rouges, leur fournissant révélations et instructions, retenant parfois leur fanatisme en quelques épisodes célèbres. Mais cette manipulation politique se compliqua du fait des nombreuses oppositions internes à Pékin : le jeu devint bientôt tripartite, l'armée de Lin Biao, notamment, s'imposant comme un acteur décisif. Durant les premières étapes (1966-1968), les gardes rouges purent croire mener un mouvement largement spontané, renouvelant la révolution chinoise et étalant au grand jour leurs dissensions. Leur envoi, à partir de décembre 1968, vers les campagnes et le travail manuel (près de 19 millions de jeunes urbains allaient connaître ce sort) mit fin à cette illusion. Dès lors, la révolution culturelle se réduit aux dimensions d'un combat d'appareil, où les radicaux maoïstes perdent petit à petit la partie.
Nul ne connaît le bilan humain de cette époque, en tout état de cause beaucoup moins meurtrière que le Grand Bond en avant. Pour l'essentiel, les campagnes chinoises conservèrent leur ordre administratif et économique, même si la productivité en souffri […]
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