4. Les ordres de chevalerie
Cette éthique, qui se résout en un ensemble de règles strictement codifiées et dont le mépris entraîne la perte de l'« honneur », c'est-à-dire l'exclusion du groupe, triomphe dans la conscience aristocratique européenne du xive siècle, la grande époque des romans de chevalerie. C'est en ce temps, précisément, que naissent les ordres de chevalerie, dernière expression d'un mythe social. Les souverains – tel le roi d'Angleterre, Edouard III qui, inspiré par le roman du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde, fonde en 1344 l'ordre de la Jarretière – voulurent réunir autour d'eux une compagnie très restreinte (les chevaliers de la Jarretière étaient quarante), recrutée par concours sur titre de prouesse, étroitement soudée par foi et serment et rassemblée, comme toutes les confréries de l'époque, autour d'une chapelle et de cérémonies liturgiques périodiques. Par là, ils entendaient récompenser leurs serviteurs les plus sûrs et proposer à toute leur noblesse un exemple de vertu et de loyalisme. Leur initiative fut sans cesse reprise au cours des siècles. Après tant de révolutions, les ordres de chevalerie vivent encore aujourd'hui. Avec les rémanences de certaines convenances mondaines et ce qui subsistait encore récemment de respect pour le métier des armes, ces institutions constituent, dans la civilisation de notre temps, le résidu le plus tenace d'un état social qui, entre le xie et le xiiie siècle, a marqué de son empreinte, plus vigoureusement peut-être que tout autre, l'histoire de la civilisation européenne.
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