3. Le comportement chevaleresque
Car, en définitive, une certaine manière de vivre et l'éthique qui lui est liée constituent bien l'essence de la chevalerie. Cette morale particulière s'exprime dans les œuvres littéraires qui furent composées pour un public chevaleresque, œuvres de divertissement et œuvres moralisantes exposant dans le détail un modèle de comportement.
À la base de cette morale se situent deux vertus majeures qui constituent ensemble ce qu'on appela, depuis le xiiie siècle, la prouesse. D'une part, la vaillance, la valeur militaire : toute l'éducation du futur chevalier est une préparation au combat ; de celle-ci, l'initié doit prouver l'efficacité, par une démonstration publique de ses capacités cavalières, lors de la cérémonie de l'adoubement. D'autre part, la loyauté : le chevalier, homme de service, est celui qui, tel Roland, ne saurait trahir la foi qu'il a jurée et qui, dans la guerre, se refuse à toute manœuvre insidieuse. L'école permanente de ces deux vertus fut, dans l'intervalle des opérations militaires, le tournoi, simulacre de combat, dont la vogue au xiie siècle emplit la Chrétienté et qui, d'abord affrontement sauvage et meurtrier de bandes adverses, se ritualisa peu à peu et devint, à la fin du Moyen Âge, un sport mondain, succession de joutes singulières, strictement réglées comme un ballet.
Vient ensuite la largesse, c'est-à-dire le mépris du profit. Le chevalier est, par respect de son état, improductif. « Il convient que les hommes labourent, bêchent et arrachent les broussailles de la terre pour qu'elle produise les fruits dont vivent le chevalier et ses chevaux. Il convient que le chevalier, qui chevauche et mène l'existence d'un seigneur, tire son bien-être de ce qui fait le travail et la peine des hommes » (Raymond Lulle, Libro de le orden de Caballería, fin du xiiie siècle). Et le chevalier qui ne produit rien se doit de détruire allégrement les richesses. C'est par là qu'il se distingue le plus clairement des bourgeois et des rustres, par sa g […]
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