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CHATT AL-'ARAB ou SHATT AL-'ARAB

Exutoire commun du Tigre et de l'Euphrate, le Chaṭṭ al-‘Arab, long de 200 kilomètres entre al-Qurnah et le golfe Persique, reçoit sur sa rive gauche le Kārūn qui descend des montagnes d'Iran. Bordé d'un liseré de palmeraies, il constitue sur une partie de sa rive orientale la frontière entre l'Iran et l'Irak. Il conserve sa largeur et sa profondeur et reste donc accessible aux navires de mer, car il est vidangé par la marée. Le port irakien de Bassora est situé à sa tête, sur la rive droite, tandis que les ports iraniens de Khorramchar et surtout d'Ābādān, avec son immense raffinerie, qui fut un temps la plus grande du monde, sont installés en son centre sur la rive gauche. L'Irak construisit à Fao, pour exporter son pétrole de Rumeila, un port en eau profonde au débouché du Chaṭṭ al-‘Arab.

Dans les années 1980, le Chaṭṭ al-‘Arab fut le lieu de violents combats lors de la guerre Iran-Irak, ce dernier État ayant voulu assurer sa souveraineté sur les deux rives. Bassora, Ābādān et Khorramchar furent en grande partie détruites. Bassora, reconstruite, est une agglomération de trois petites villes (Bassora, al-‘Ashār et al-Ma‘qil) ; la raffinerie d'Ābādān a été en partie relevée de ses ruines ; le port de Khorramchar a retrouvé une partie de son trafic antérieur depuis le début des années 1990.

L’invasion anglo-américaine de l’Irak en 2003 a ravivé les tensions dans le Chatt al-‘Arab. Position stratégique, ne serait-ce que par ses installations pétrolières, la région est passée sous contrôle britannique. L’Iran a vu d’un mauvais œil les patrouilles maritimes se multiplier à la limite de ses eaux territoriales. Plusieurs incidents ont ainsi opposé les deux armées, dont le plus sérieux a été la capture, en 2007, d’une quinzaine de marins britanniques par les gardes-côtes iraniens, ceux-ci arguant d’un franchissement de la frontière. Les marins ont été libérés mais la tension reste vive.

Jean-Marc PROST-TOURNIER

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