2. Le « désert » et l'organisation des chartreuses
Dans aucun ordre religieux, le cadre n'a une importance aussi grande que chez les Chartreux. À la Grande-Chartreuse, comme dans toutes les anciennes maisons de l'ordre, les moines constituèrent, avec une inlassable persévérance, le « désert », une des caractéristiques de leur organisation primitive.
Autour du vaste domaine qu'ils désiraient occuper, les Chartreux traçaient des limites, à l'intérieur desquelles ils revendiquaient le privilège exclusif de racheter toutes les terres, en restreignant dès le principe les droits des propriétaires ; ils s'engageaient, en revanche, à ne rien acquérir hors de ces limites. Le domaine ainsi constitué, appelé désert, était situé de préférence au fond d'une vallée. Par un défilé, facile à barrer, on accédait à une clairière, où s'élevait la « maison basse », appelée aussi correrie ; y résidaient les frères, agriculteurs et artisans ; plus loin se trouvait la « maison haute », le monastère proprement dit, habité par les pères, qui assuraient le grand office liturgique, et dont l'occupation matérielle essentielle était l'étude et la copie des livres. Les premières chartreuses se trouvant toutes dans les montagnes, ce schéma fut parfaitement respecté ; quand, par la suite, des maisons furent fondées dans des plaines ou aux abords des villes, le plan de l'ensemble fut moins systématique, mais l'isolement resta sauvegardé et chaque père eut toujours sa « cellule » individuelle, véritable petite maison comprenant au rez-de-chaussée bûcher et atelier, au premier étage deux pièces ; la première, dite de l'Ave Maria, servait de cuisine aux temps lointains où chacun préparait sa nourriture (coutume abolie en 1276) ; dans l'autre, le chartreux résidait habituellement pour prier, lire, manger et dormir. À chaque cellule est joint un jardin que chacun entretient et une petite galerie qui permet de prendre quelque exercice par mauvais temps
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