7. Les films anglais
Mais l'hostilité à l'égard du réalisateur ne se dissipe pas dans l'Amérique de la Guerre froide. Le 17 septembre 1952, il s'embarque avec toute sa famille sur le Queen Elizabeth pour aller présenter son film au public anglais. Au milieu de la traversée, il apprend par la radio que le ministre de la Justice, James McGranery, a refusé de lui accorder un visa de retour aux États-Unis avant l'achèvement de l'enquête à laquelle il est soumis. Chaplin décide aussitôt qu'il ne rentrera pas. En 1953, toute la famille s'installe en Suisse, à Corsier-sur-Vevey. Le cinéaste y résidera jusqu'à sa mort, le 25 décembre 1977, ne revenant qu'une seule fois aux États-Unis, en 1972, pour recevoir à Hollywood un oscar récompensant l'ensemble de son œuvre.
Tourné en Angleterre, Un roi à New York règle les comptes de Chaplin avec l'Amérique maccarthyste. La bouleversante histoire du jeune Rupert Macabee (incarné par Michael Chaplin, second des huit enfants de Charles et Oona), obligé de dénoncer ses parents communistes devant la Commission des activités anti-américaines, constitue une virulente satire de la chasse aux sorcières. Chaplin ne renonce pas pour autant à la veine burlesque, dont le slapstick réjouissant, grivoiserie et scatologie mêlées, parachève son déboulonnage.
Dernier film de Chaplin, La Comtesse de Hong-Kong, en 1966, fut boudé par la majorité de la critique. Il n'en constitue pas moins une conclusion passionnante de l'œuvre : ultime réflexion sur l'essence de la comédie, il confronte la vraisemblance de l'artifice (les codes policés de la « comédie américaine ») à l'invraisemblance du naturel (la vulgarité burlesque des corps désirants). Comme l'a expliqué Éric Rohmer, « la peur ou la lubricité revêtent [dans ce film] des formes fantastiques, invraisemblables parce que justement, toute chose naturelle est, dans notre monde d'artifice, chose invraisemblable ».
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



