Dans Pour gagner sa vie, son premier film pour la compagnie Keystone, où il vient d'être engagé en février 1914 afin de tourner sous la direction de Henry Lehrman, Charlie Chaplin (1889-1977), tel un lord anglais, s'est vu affubler d'une moustache tombante, d'une redingote, d'un huit-reflets, de guêtres et d'un monocle. Peu satisfait, il décide, dans son deuxième film tourné la même année (Charlot est content de lui), de créer son propre costume en puisant dans le magasin de la Keystone des accessoires empruntés à ses collègues : le pantalon trop large de Fatty, les souliers pointure 45 inversés de Ford Sterling, la veste étriquée de Charles Avery, une moustache taillée dans celle de Mack Swain... Melon et badine ajoutent une note aristocratique, soulignent la volonté d'élégance et de dignité qui marquera toujours le « petit homme ». Peu importe l'exactitude de ce récit légendaire décliné selon maintes variations : avec le costume est né le personnage du « vagabond », celui qu'en France on appellera désormais Charlot. Les films se succèdent à un rythme frénétique. Comme son héros, Chaplin se construit en faisant sien ce qui l'entoure : bientôt la mise en scène, l'Amérique pour un temps, puis le monde et, pour toujours, le cinéma, dont il demeure l'incarnation.
Photographie
Charlot Personnage, devenu type et mythe, créé par Charlie Chaplin (1889-1977), Charlot, visage blême, petites moustaches, chapeau melon et canne, a incorporé dans son jeu les anciennes figures de Guignol et du Pierrot, alliant au burlesque le pathétique qui marquait la condition des petites gens pendant l'entre-deux-guerre. Une scène de Charlot boxeur (The Champion, 1915).…
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Joël MAGNY
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