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PEIRCE CHARLES SANDERS (1839-1914)

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5.  Le métaphysicien

Aux trois catégories phénoménologiques ou ontologiques répondent trois catégories cosmologiques auxquelles Peirce donne, comme à l'accoutumée, suivant sa « morale terminologique », des noms grecs mais barbares : tychisme, agapisme et synéchisme. Chacune d'elles régit son propre univers de l'expérience. L'univers premier est celui du hasard (tychè), l'univers deuxième celui de l'amour (agapè), de l'évolution, l'univers troisième celui de la continuité (synéchéia), qui est la généralité parfaite.

Si l'on devait comparer la métaphysique de Peirce avec celle d'un autre penseur pour la mieux comprendre, c'est de celle de Kierkegaard qu'on la rapprocherait. Comme la métaphysique de Peirce, celle de Kierkegaard est en effet catégorielle : l'instant du stade esthétique est premier, le temps du stade éthique est deuxième, l'éternité du stade religieux est troisième. Mais c'est surtout concernant la relation de Dieu avec les univers, les Églises et les hommes que le rapprochement de ces deux penseurs solitaires est frappant, nonobstant tout ce qui peut opposer un théologien subjectiviste à un homme de science rationaliste. Comme Kierkegaard, Peirce a horreur de la théologie des Églises, qui a répandu sur la terre l'odium theologicum, bien qu'il reconnaisse qu'elles ont joué un rôle bénéfique dans l'histoire de la civilisation. Pas plus que pour Kierkegaard, Dieu ne se révèle, selon Peirce, à la raison de l'homme. Il y a des « sujets d'importance vitale » – et Dieu est de ceux-là – dont la réalité est « perçue directement ». « D'où viendrait une idée comme celle de Dieu, se demande Peirce, sinon de l'expérience directe ? Ouvrez vos yeux – et votre cœur, qui est aussi un organe de perception – et vous le verrez. » Peirce en livre la méthode dans un article intitulé A Neglected Argument for the Reality of God, c'est le musement qui consiste à laisser l'esprit contempler à loisir, sans intention ni projet, comme par jeu, sans règle aucune « hormis cette loi même de la liberté », les trois univers de l'expérience ; de la contemplation de l'harmonie de ces trois univers naîtra l'émerveillement, et l'hypothèse de la réalité de Dieu s'imposera dans toute sa nécessité comme Créateur de « deux des trois (univers) en tout cas ». Avec Kierkegaard enfin, Peirce reconnaît la finitude de l'homme et de ses facultés. Le faillibilisme fut une doctrine constante de Peirce : l'homme ne peut même pas pénétrer « dans le secret de son propre cœur pour savoir ce qu'il croit et ce dont il doute ».

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