2. L'art du conte
Cette flânerie le conduisit tardivement à l'art du conte. Il l'avait côtoyé en 1821 avec Smarra, ou les Démons de la nuit, en 1822 avec Trilby, ou le Lutin d'Argail, avec certains poèmes en prose qu'il donnait pour du folklore morlaque, avec des fantaisies qu'il sertissait, en 1830, dans son Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, surtout la savoureuse Histoire du chien de Brisquet. Mais, après 1830, la mode des contes et des nouvelles envahit tout. Nodier la suit dans ses Souvenirs et portraits de la Révolution française qu'il recueille en 1831, qui se présentent comme une galerie d'anecdotes et s'ouvrent à de véritables contes comme Séraphine. Ainsi encore, l'année suivante, ses Souvenirs de jeunesse. Et, à partir de ce moment, cette suite d'histoires tragiques, mélancoliques ou plaisantes, dont la dernière, l'année même de sa mort, est ce songe inspiré du vieux Songe de Polyphile : Franciscus Columna, dont Jules Janin assura la publication posthume.
Dans cette chatoyante série, c'est bien lui-même qu'il avait mis, avec le caractère que lui avaient fait son temps et sa province : une province qui unit le réalisme et l'utopie, qui abonde en figures originales. Nodier lui a beaucoup demandé. Il doit son initiation de naturaliste à un savant de Novillars, Girod de Chantrans, auprès de qui il séjourna en 1794 ; sa charge d'histoire et de philologie à son cher Charles Weiss, bibliothécaire de Besançon... Les aspects de la vie comtoise reviennent avec insistance dans son œuvre, dans Jean-François les bas bleus (1832), Baptiste Montauban (1833), La Neuvaine de la Chandeleur (1838), et lui-même y figure avec ses caractères contrastés ; ici, dans « le calme et la bienveillance de l'âme » ; là, avec sa sensibilité qui s'est « usée en essais infructueux », dans « l'agitation toujours renaissante d'une vie incertaine et mobile ». Et surtout, dans son Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, il a décrit les Charles Nodier qui se débattaient : l'un fa […]
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