3. L'instinct avant tout
Son approche de la direction d'orchestre reposait sur l'instinct. Sa façon de répéter n'avait rien de commun avec celle de ses collègues. Il lui arrivait d'écourter ou de supprimer une répétition parce qu'il connaissait ses musiciens peut-être mieux qu'eux-mêmes et qu'il savait qu'il pouvait se reposer sur leur compétence. Les nuances de détail, les mouvements, le feu général de la partition étaient l'affaire du concert, et tous savaient qu'avec Münch répétition et concert seraient toujours différents l'un de l'autre. Il accordait beaucoup d'importance à la mise en place, assurant ainsi les musiciens contre toutes les « intempéries » que son ardeur pourrait provoquer au concert. Sa formation de violoniste le tournait naturellement vers les cordes, qu'il savait faire chanter mieux que quiconque. Le phrasé n'avait aucun secret pour lui et le choix de ses tempos était toujours naturel. Peut-être sa vision de la musique de Brahms ou de Mozart était-elle dépaysante, mais elle semblait toujours naturelle. Et lorsqu'il abordait Berlioz, Debussy, Fauré ou Ravel, c'était l'accord parfait. Sans oublier la musique de son temps, pour laquelle il a joué un rôle essentiel.
De tous les compositeurs qui furent ses contemporains, c'est probablement Arthur Honegger qui a été son plus proche complice. Cette amitié remontait aux premières années parisiennes de Charles Münch. Les deux hommes constituaient des traits d'union entre deux civilisations. Pendant l'occupation allemande, quelques mois après la création mondiale, à Bâle, de La Danse des morts et de la Deuxième Symphonie, pour cordes d'Honegger sous la baguette de Paul Sacher, Münch dirige les premières auditions françaises de ces deux œuvres, qu'il enregistre au même moment. Le 17 août 1946, il crée la Troisième Symphonie « Liturgique », qui lui est dédiée, et, en 1951, la dernière symphonie d'Honegger, la Cinquième Symphonie « Di tre re ». Avant la guerre, il avait déjà créé certaines œuvres d'Albert Roussel, autre […]
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