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MERYON CHARLES (1821-1868)

« L'énigme et la solitude de Meryon demeurent intactes », a pu dire Henri Focillon. En effet, avec son court recueil des Eaux-Fortes sur Paris, Meryon s'est installé d'un seul coup parmi « les maîtres de l'estampe », aux côtés de Dürer, de Rembrandt, de Goya, sans que l'on puisse percevoir la nécessité ni suivre le cheminement de l'œuvre. L'explication par la folie ne peut sûrement pas être retenue. Dans Eaux-Fortes sur Paris, les fantastiques créatures volant sur le ciel du « Ministère de la Marine » (1865) ou les ballons aérostatiques du « Pont-au-Change » (1854) viennent seulement s'ajouter à des planches déjà parfaites. Ce chef-d'œuvre est marqué d'une étrangeté et d'une émotion supplémentaires ; il n'est pas dû à ces surcharges. En tout cas, la correspondance de Meryon montre que l'œuvre a été créée dans la conscience et qu'elle est devenue impossible, lorsque la raison ne put tenir.

Officier de marine, Meryon témoigne très vite d'une propension au dessin. De son voyage de circumnavigation sur la corvette Le Rhin, qui de 1842 à 1846 le conduit dans les archipels du Pacifique, il rapporte une série de dessins extrêmement précis (conservés pour la plupart au British Museum) qu'il pensa utiliser pour publier, sans jamais y parvenir, le journal de cette expédition. Un grand et peu convaincant dessin représentant l'Assassinat du capitaine Marion du Frène à la Nouvelle-Zélande (Turnbull Library, Wellington) révèle des ambitions, trop hautes, de peintre d'histoire.

C'est en recevant les leçons du graveur Eugène Bléry que Meryon rencontra son destin. Remarquable technicien, montrant dans ses études d'arbres un sens étonnant de la vie végétale, Bléry a sans doute été plus qu'un initiateur, un exemple. Travaillant lentement (plus d'un an, 1856-1857, pour la Vue de San Francisco), peu soucieux du pittoresque, attaché à saisir l'essence d'un édifice ou d'un paysage urbain, s'abstenant des tailles entrecroisées, refusant les « cuisines » de l'eau-forte, obtenant des noirs et blancs d'une admirable intensité, Meryon, et c'est son génie, arrive dans Eaux-Fortes sur Paris à donner à la « Tour de l'Horloge », au « Pont-au-Change », à l'« Abside de Notre-Dame » la présence inexplicable d'une vision.

Au moins faut-il ne pas séparer Meryon de tout l'effort de régénération de l'eau-forte (autour de l'éditeur Cadart et de l'imprimeur Delâtre et avec la Société des aquafortistes français), qui est un des grands moments des années cinquante. Par comparaison, des artistes aussi doués que Félix Bracquemond, Francis Seymour Haden, Maxime Lalanne permettent de mieux comprendre la naïveté farouche et la force brute de l'amateur Meryon. Baudelaire qui l'admirait ne s'est pas mépris en lui faisant place parmi les Modernes de son temps : « Aucun des éléments complexes dont se compose le douloureux et glorieux décor de la civilisation n'y est oublié... »

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