Illustre famille noble, claudication dès l'enfance, conviction de n'être pas aimé de sa mère, obligation familiale d'entrer dans les ordres sans vocation : de ces quatre données initiales pourrait se déduire un essai d'explication socio-psychanalytique du personnage, et se dégager le sens fantasmatique plutôt qu'historique de cette « douceur de vivre » sous l'Ancien Régime qu'il célébrera dans ses Mémoires.
À vingt-deux ans, Talleyrand est agent général du clergé de France ; à trente, il est évêque d'Autun. Très lié avec Mirabeau, autant par complicité d'intrigues financières que par convergence politique, député aux États généraux, il joue un rôle décisif dans la nationalisation des biens du clergé, dans l'établissement de la constitution civile du clergé, et sacre les premiers évêques constitutionnels. Après la fin de la Constituante, il se démet de son évêché sans trop de tapage, rentre dans la vie civile, se fait envoyer en mission diplomatique à Londres. Compromis par la découverte des papiers secrets de Louis XVI, décrété d'arrestation par la Convention, il passe aux États-Unis et ne revient en France qu'en 1796. Grâce à sa liaison avec Germaine de Staël, il est nommé par Barras ministre des Relations extérieures en juillet 1797 ; quand Benjamin Constant lui apprend sa désignation, il s'écrie, extasié : « Nous tenons la place, nous tenons la place ! Il faut faire une immense fortune, une fortune immense ! » Il se tiendra parole, et ce sera presque toute sa politique durant deux ans, si ostensiblement qu'il doit démissionner en juillet 1799. À l'automne, il se dépense efficacement pour ménager des concours à Bonaparte, l'aider à préparer son coup d'État ; au lendemain du 18-Brumaire, il se retrouve ministre des Relations extérieures : son immense fortune ne fait que commencer.
Faute de pouvoir le suivre ici dans les méandres de son activité, de ses intrigues et de ses enrichissements, trois points sont à noter, pour le situer dans le nouveau régime. D'abord, la m … ]
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