3. Une reconnaissance tardive
À partir de 1920, Ives n'écrit pratiquement plus, remettant sans cesse à l'ouvrage ses œuvres anciennes et découvrant avec stupéfaction que de jeunes musiciens américains sont en train de prendre le relais, tels Henry Cowell ou Aaron Copland. C'est au pianiste John Kirkpatrick que revient le mérite d'avoir fait connaître à un large public le nom de Ives lors d'un mémorable concert au Town Hall de New York, le 20 janvier 1939, où il joua la sonate Concord en seconde partie d'un récital. Kirkpatrick, qui s'était minutieusement préparé à cette œuvre avec le compositeur, n'eut cependant pas la joie de le voir dans la salle. Celui-ci avait d'ailleurs édité en 1920 une préface à cette partition, essentielle pour comprendre sa pensée : Essays Before a Sonata.
En 1954, Ives meurt sans avoir jamais fait carrière dans la musique, laissant derrière lui plusieurs centaines d'œuvres : œuvres chorales, œuvres symphoniques, quatuors à cordes, mélodies. Seul dans la campagne américaine, à l'aube du xxe siècle, il aura exploré des domaines qui seront plus tard les objets de recherche privilégiés d'autres compositeurs : micro-intervalles, polytonalité, collages, effets de masse orchestrale. Et, surtout, il aura porté sur la musique un regard radicalement différent de celui des compositeurs européens, en inaugurant une manière de faire spontanée mais rigoureuse, libre de toute entrave.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



