« Il existe un grand homme vivant dans ce pays, un compositeur. Il a résolu le problème de se préserver lui-même et d'apprendre. Il répond à la négligence par le mépris. Il n'est forcé d'accepter ni la louange ni le blâme ; son nom est Ives » (Arnold Schönberg).
L'importance de l'œuvre de Ives est considérable. Ce soi-disant amateur, ce père de la musique américaine fut longtemps un inconnu pour le plus grand nombre des mélomanes, formés à l'école européenne de Stravinski, Debussy ou Schönberg. En lui se sont combinés les gestes fondamentaux de la création musicale : écoute du monde sonore environnant, réalisation artisanale de l'œuvre, expérimentation de formes et de situations nouvelles, construction d'un univers sans précédent. En tissant pêle-mêle son écheveau, Ives a montré à la musique du xxe siècle que la nouveauté ne prenait pas obligatoirement le chemin de la réflexion critique et historique ou celui de la constitution d'une syntaxe, comme l'avaient laissé supposer les patients novateurs de l'école de Vienne. Ives unit le génie créateur d'un « compositeur du dimanche », qui ne craint aucune audace, à la rigoureuse discipline exigée par la composition. Bien qu'ayant une solide formation musicale, il fait figure de self-made man, en ce qu'il n'a obéi à aucun modèle venu d'Europe, ni à aucune mode de cette jeune nation, les États-Unis d'Amérique des premières années du xxe siècle.
Avant Charles Ives, il n'existait pas véritablement de musique classique américaine. Le paysage sonore des jeunes États-Unis d'Amérique se partageait entre des mélodies de salon de Stephen Collins Foster, héritières des romances romantiques en vogue en Europe, de nombreux airs à danser, de la musique militaire, des hymnes d'église, de la musique populaire noire. Toute importation européenne était saluée par la haute société qui se pressait pour aller écouter les solistes de passage.
1. Expériences et découvertes
Charles Edward Ives est né le 20 octobre 1874, à Danbury, dans le Connecticut. […]
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