Prince libéral et cultivé, le duc de Brunswick, qui s'est déjà distingué pendant la guerre de Sept Ans, passe depuis la mort de son oncle, Frédéric II, pour le plus illustre guerrier de son temps. Plus calculateur qu'audacieux, il est, malgré sa vaillance personnelle, de ceux « qui manquent la victoire pour s'être trop préoccupés d'assurer la retraite ». Moins soldat que diplomate, ce prince philosophe a su, dès le début de la Révolution française, concilier ses sympathies pour les idées nouvelles avec les devoirs de son rang, au point d'inspirer confiance aux deux partis : c'est ainsi qu'il se voit proposer, presque simultanément, par les Girondins le commandement des forces françaises, et par le roi de Prusse celui des troupes destinées à l'invasion de la France. On a même songé un instant à lui pour remplacer Louis XVI sur le trône, mais il a prudemment repoussé cette offre singulière.
Nommé généralissime de l'armée coalisée, il en compromet les opérations par son esprit d'indécision, après s'être laissé lui-même compromettre en acceptant de signer le fameux manifeste qui porte son nom, bien qu'il ne l'ait ni rédigé ni même inspiré. Ce document, dans lequel Paris est me […]
