Anthropologue, né à Londres, Charles Seligman, après des études de médecine, s'est dirigé très tôt vers l'étude des sociétés archaïques. Dès l'âge de vingt-cinq ans, il participa à l'expédition au détroit de Torrès, puis s'intéressa aux populations de Nouvelle-Guinée (1904). Il effectua de nombreux séjours outre-mer, souvent en compagnie de sa femme, Brenda. D'ethnologue de terrain il devint universitaire, d'abord comme professeur à la célèbre London School of Economics and Political Science, puis comme visiting professor à l'université Yale (1938).
Le trait marquant de Seligman est sa polyvalence, aussi bien sur le plan géographique que sur le plan thématique. Il a séjourné chez des populations très diverses : Mélanésiens, tribus pagan, Vedda de Ceylan, Négro-Africains et peuples nilotiques. Il a débordé les cadres de sa spécialité propre, l'anthropologie sociale, pour s'intéresser à la psychanalyse et même à l'anthropologie physique (The Races of Africa, 1930). Seligman a essayé de reconstituer l'histoire orale des sociétés qu'il étudiait, considérant que les modèles culturels devaient être réinsérés dans une perspective diachronique pour être pleinement compris. Il a montré ainsi « comment une structure sociale, en apparence très systématisée, s'est tantôt dégagée, tantôt maintenue, à travers une succession d'événements changeants (guerres, migrations, rivalités, conquêtes) » (C. Lévi-Strauss, Anthropologie structurale). Seligman, malgré les aspects modernes de sa recherche, est le représentant d'une ethnologie classique aujourd'hui révolue, celle qui dépassait les bornes étroites des spécialisations au bénéfice de la comparaison culturelle.
Jean POIRIER
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