3. L'homme et l'artiste
Le premier trait qui frappe chez Dickens est son énergie proprement fantastique. Elle se traduit d'abord par l'importance de son œuvre écrite : outre les quinze romans évoqués ci-dessus, elle comprend deux livres de notes de voyage, de nombreuses nouvelles, dont les fameux Contes de Noël (Christmas Books), des articles sur les sujets les plus divers, quelques pièces de théâtre, un épais volume de discours et une abondante correspondance. Mais elle se traduit aussi par une multitude d'autres activités : les lectures publiques, le théâtre d'amateurs, les entreprises philanthropiques (Dickens fut par exemple le fondateur d'un foyer pour filles déchues), la politique, et surtout le journalisme.
Il lui restait assez de forces pour organiser sa vie privée et celle de ses proches avec autorité. Si Dickens exerça sans nul doute une puissante contrainte sur lui-même, il fut aussi un mari, un père, un ami singulièrement exigeant. Vivant dans une agitation et une tension sans cesse croissantes, il ne s'épanouit guère que dans le travail et l'amitié ; ses grandes ressources d'affection trouvèrent à s'exprimer dans le cercle familial. Ses rancunes furent aussi tenaces que ses principaux attachements furent fidèles.
Son égocentrisme se renforça par la juste conscience qu'il eut très tôt de son génie et de son importance. Son comportement envers Catherine Dickens et envers ses belles-sœurs, Mary puis Georgina Hogarth, ainsi que sa liaison (que les plus récents biographes croient pouvoir tenir pour prouvée) avec Ellen Ternan, sont en contradiction avec l'enseignement implicite de son œuvre. Mais l'authenticité de ses élans généreux est indubitable : sa lucidité dut lui rendre sa propre personnalité difficilement supportable. Sans doute chercha-t-il plus ou moins consciemment des accommodements avec une foi chrétienne sincère, mais qui ne fut jamais littérale ni rigoriste. Au total, le bilan de la joie qu'il a donnée par son œuvre, communiquée et goûtée dans sa vie, rest […]
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