6. Parachèvement du sens : sens d'une œuvre, sens d'une vie, sens d'un legs
« Cet ouvrage a pensé me tuer [...]. Il ne me reste plus qu'à apprendre à être malade et à mourir. » Les éditions successives de L'Esprit des lois, très surveillées, la Défense de « L'Esprit des lois », contre les accusations de « spinozisme » de la part des gazetiers jansénistes, montrent que le président, devenu presque aveugle, mais témoignant d'une sérénité non crispée, n'en est pas encore tout à fait là. Il y a aussi la constitution de son opus complet, de la réédition enrichie des Romains (1748) à celle de ces Lettres persanes (1754) auxquelles il tente de donner une tonalité et une portée définitives ; il y a la préparation de l'édition post mortem des Lois qui paraîtra en 1757. C'est cette conjoncture terminale fortement préparée qui fait sens.
L'accueil fut glorieux et mitigé. L'Esprit des lois n'est pas une œuvre méconnue, mais un de ces ouvrages dont on se méfie parce qu'on n'en a pas facilement d'usage immédiat. Cela nous incite à comprendre pourquoi Montesquieu répugne à un certain nombre de façons d'être moderne, et comment sa vraie modernité, qui semble empêtrée dans des références et des problématiques anciennes, n'est pas immédiatement perceptible, et le sera encore moins dans les années où triomphera passagèrement une certaine idée du progrès, qu'il concevait, lui, dans les cadres stricts des effets de la raison sur les préjugés, et des améliorations des règles de procédure judiciaire.
La modernité immédiate est, semble-t-il, du côté de Dupin, ou de Maupertuis dans l'éloge funèbre prononcé devant l'académie de Berlin. Dupin, bourgeois et fermier général, est monarchiste dans l'esprit de Voltaire et de la complexe génération d'entrepreneurs qui arrive aux affaires, partisans de Dubos, centralisateurs et amateurs d'ordre et de prospérité. Maupertuis, dans un tout autre sens, demande carrément pourquoi Montesquieu ne s'est pas posé la question radicale : « Une multitude d'hommes étant […]
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