3. Une tête solide
La tête en lui reste toujours solide, néanmoins. Dès 1739, il comprend les menées de la maison de Savoie qui entend « suffoquer tôt ou tard » les Italiens, et manger leur pays « feuille à feuille ». Lorsqu'il rend visite au jésuite Fouquet, fort ennemi des siens depuis l'affaire des rites chinois, et par suite plus ennemi encore de la Chine, de Brosses n'est pas dupe des billevesées de cet aigri. Montesquieu tomba dans le panneau : d'où hostilité hargneuse de L'Esprit des lois à l'égard des empereurs chinois. Outre un portrait parfait de ce Fouquet, les entretiens avec le président nous ont valu l'exposé le plus amusant et le plus profond qui soit sans doute sur les questions que posait à la chrétienté la découverte de l'Empire du Milieu : de Brosses a compris la folie de son informateur, esprit « systématique » disant « moins ce qui est que ce qu'il se figure ; savoir que les Chinois viennent de Chaldée, que leur écriture vient des hiéroglyphes égyptiens, que leurs cinq livres fameux sont une imitation du Pentateuque des Hébreux ». En quelques lignes, tout le procès « philosophique » des idioties alors en vogue. Pas un mot n'a vieilli.
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