2. L' « avocat » et le portraitiste
Pourtant, même en tant que portraitiste, Sainte-Beuve a commencé par l'illusion. Chroniqueur du Globe, journal modérément romantique, il s'y fait très vite le propagandiste de l'école nouvelle. Dans son Tableau historique et critique de la poésie et du théâtre français au XVIe siècle (1828), il veut « chercher dans nos origines quelque chose de national à quoi se rattacher » (Lundi du 15 octobre 1855) et défendre les jeunes poètes contre l'accusation d'être les imitateurs d'une poésie étrangère. Il pratique, selon son propre mot, une critique « avant-courrière » et devient le « héraut » du génie de Victor Hugo. Mais les enquêtes indiscrètes et véridiques succèdent bientôt aux dithyrambes. Peu après 1830, Sainte-Beuve déclare préférer à l'éloquence et aux effusions romantiques la rigueur de l'analyse selon la méthode des idéologues. Il s'applique à « chercher l'homme dans l'écrivain » et remarque que, pour y parvenir, « on ne saurait étudier de trop près, tandis et à mesure que l'objet vit » (Préface des Critiques et portraits littéraires, 1836). C'est ainsi qu'il s'attachera désormais aux moindres détails pour attraper « le tic familier, le sourire révélateur, la gerçure indéfinissable » (« Portrait de Diderot », 1831). Une pareille quête semble exiger que celui qui s'y livre ne soit « ni fanatique, ni même trop convaincu ou épris d'une autre passion quelconque » (article Du génie critique et de Beyle, 1835). Mais la critique ainsi comprise consiste beaucoup plus à décrire les particularités morales qu'à analyser des œuvres littéraires.
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