Né à Douai, dans une famille de robe, Calonne fait ses études à Paris. Avocat au conseil d'Artois, procureur général au parlement de Douai, il devient maître des requêtes, chargé de questions délicates, notamment des relations parlement-clergé, et du procès de La Chalotais (membre du parlement de Rennes, accusé d'avoir trempé dans l'expulsion des Jésuites en 1764), fonctions qui lui attirent des ennemis. Intendant à Metz (1766), puis à Lille (1778), son administration est appréciée et lui permet de nouer d'utiles relations. À la mort de Maurepas, Louis XVI l'appelle au contrôle général des Finances (1783), tâche écrasante au lendemain de la guerre d'Amérique : 80 millions de déficit, 300 millions de dettes exigibles, 176 millions d'anticipations, des caisses vides. Optimiste, Calonne tente un redressement par les emprunts (653 millions au total) et un retour à la confiance par une politique de dépenses et de grands travaux. Il envisage, un peu tard, en août 1786, les réformes d'ensemble. Reprenant des idées de Turgot et de Necker, il propose la mise en place d'assemblées provinciales et municipales, formées de propriétaires associés à la répartition des impôts, aux travaux publics, aux questions d'agriculture ; la suppression des douanes intérieures ; un impôt foncier sans privilèges : l'abolition de la corvée et la subvention territoriale, qui remplacerait les vingtièmes ; l'adoucissement de la taille et de la gabelle. N'osant convoquer les états généraux et se heurtant aux parlements, il suggère au roi d'exposer ces réformes à une assemblée des notables. Devant cette assemblée, réunie en février 1787, Calonne se heurte à une violente opposition, subit reproches et humiliations. La révélation du gouffre financier ne fait que renforcer la coalition des privilégiés pour s'opposer à toute réforme qui atteindrait leur bourse. Mirabeau, dans une Dénonciation de l'agiotage, achève le discrédit du ministre, qui est congédié en avril 1787. Calonne s'exile à Londres, se justifie, dénonce la politique de Necker en février 1789, et ne cesse de polémiquer sur les affaires. Il est ensuite un des animateurs du mouvement d'émigration, le soutien des princes, et il y sacrifie sa fortune. Finalement brouillé avec les princes, il s'occupe de belles-lettres et revient mourir à Paris. Ses ouvrages ont eu quelque notoriété, surtout son Tableau de l'Europe en 1795.
Louis TRENARD
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