Le terme français « charité », dans son usage courant, ne recouvre pas toutes les significations du concept. Il provient du latin caritas, qui désigne un amour d'affection, de tendresse, de bienveillance dans les relations sociales, et il s'oppose à amor, l'amour passion. La charité, fondée sur l'amour de Dieu, est ouverture à l'autre jusqu'à l'oubli de soi.
Dans l'Antiquité classique, les stoïciens ont affirmé l'égalité des hommes, tous citoyens du monde, en tant qu'ils partagent la même raison. Ils ont fortement insisté sur la valeur sociale d'une caritas qui, en réalité, est une philanthropie : « un amour des hommes au nom de leur parenté avec nous » (Marc Aurèle, Les Pensées, II, 13). Notre devoir envers autrui est fonction des rapports qui nous unissent aux autres. Mais le sage stoïcien ne peut pas, en face de la douleur d'autrui, demeurer impassible, telle une statue : il doit observer ce qu'exigent des relations raisonnables entre les hommes. Épictète dit qu'il faut compatir, au moins en paroles, à la douleur d'autrui, voire, le cas échéant, gémir avec lui, mais pas en soi-même. Il faut se garder de toute émotion, car la compassion, précise Cicéron, peut être une source de désordre si elle n'est pas régulée par la raison qui purifie toute passion. La charité stoïcienne est donc une charité passive. Si, comme le dit Marc Aurèle, « le propre de l'homme est d'aimer même ceux qui nous offensent » (Les Pensées, VII, 22), le fondement de cet amour n'est pas un Dieu mais la raison universelle.
C'est ce même aspect social qui apparaît dans la vertu d'humanité, le rên, prônée par Confucius, dont le graphisme associe l'élément homme au nombre deux pour désigner une communauté de nature. Mais cette sympathie ne se réalise que selon le modèle de la hiérarchie sociale : on aime les autres comme des pères ou des fils, et non pas comme des frères.
La prédication du Bouddha sur « la bienveillance universelle » allait ouvrir cette charité sociale à la dimension d'une compassion […]
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