2. Le plus moderne des classiques
Par son renoncement progressif à toute musicalité apparente, la poésie léopardienne forge une musique inouïe à son époque. Dans les compositions brèves comme dans les longues laisses du « Chant nocturne d'un berger errant de l'Asie » ou du « Genêt », se perçoit le chant, nu et blanc, d'un désespoir capable, en renonçant à son emphase, d'explorer le réel avec une acuité jusqu'alors inconnue dans l'espace et le temps de la poésie : « Si la vie est malheur,/ Pourquoi en porter la douleur ? » (« Chant nocturne d'un berger errant de l'Asie »). Comme si la langue puisait dans sa mortalité même rectitude et justesse, le chant transfigure une lucidité dont le seul espoir est la diction. En cela, Leopardi préfigure vraiment les poétiques du xxe siècle.
Si la critique moderne a beaucoup lu les proses léopardiennes, et juge parfois les Petites Œuvres morales (1827) supérieures aux poèmes, les Chants demeurent la quintessence d'une œuvre qui, en affrontant un monde vécu comme atroce, affirme, jusqu'au bord du silence, l'héroïsme de la forme et son importance éthique.
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