2. La comédie de l'éternelle jeunesse
Le plus célèbre classique musical de la M.G.M. est une accumulation de paradoxes : à part un bref pas de deux entre Gene Kelly et la belle Cyd Charisse, qui ne fait qu'une apparition, elle ne comporte en effet aucun duo de couples mémorables contrairement à Fred Astaire et Ginger Rogers dans les films R.K.O. des années 1930. Les clous de Chantons sous la pluie, toujours applaudis, sont, non le grand show de la fin Broadway Melody (où Gene Kelly danse dans de grands décors et entouré d'une vaste troupe), mais deux numéros masculins en solo : le numéro-titre chanté et dansé par Kelly sous un déluge de pluie – le héros, heureux d'être aimé de celle qu'il aime, exprime sa joie de vivre –, et le sketch burlesque et acrobatique Make'em laugh (« fais-les rire »), de Donald O'Connor, lorsque celui-ci veut remonter le moral de Don en lui donnant la recette du succès auprès des femmes. Debbie Reynolds, la jeune partenaire de Kelly, danse et chante à peine, mais elle est jolie et gracieuse, et porte à merveille le chapeau cloche et les cheveux courts « à la garçonne » des années 1920. De son côté, Cyd Charisse montre ses jambes dans un court numéro évoquant à la fois deux stars du muet, Pola Negri et Louise Brooks. N'oublions pas en effet que ce film de 1952 était, pour le public de l'époque, un défilé « rétro » de modes musicales et vestimentaires. Sous la contrainte de placer le maximum de chansons du tandem Freed-Brown, Betty Comden et Adolphe Green surent écrire un scénario merveilleusement enjoué et vivant, si gai qu'on en oublie qu'il reprend souvent le schéma du « film-revue », succession de numéros disparates. Par exemple, le grand ballet Broadway Melody est amené sous le prétexte le plus désinvolte (Don Lockwood raconte à son producteur un « finale » dont il a eu l'idée). Quant au numéro à trois, Good Morning, qui réunit Kathy, Don et Cosmo à la fin d'une nuit de travail, il est mémorable parce qu'ils déclarent leur joie au monde entier en disant « bonjour » […]
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