4. Évolutions et révolutions
Avec les années 1930 plusieurs révolutions vont changer la face de la chanson française : le cabaretier Louis Leplée découvre la « môme Piaf » (dont la mère travaillait dans un de ses cabarets). Sous l'influence du jazz, les compositeurs inventent une nouvelle écriture ; les textes percutants de Jean Tranchant (1904-1972), l'arrivée de Charles Trenet (1913-2001), les chansons de Mireille (1906-1996) et Jean Nohain (1900-1981) modifient profondément le paysage, pendant qu'un Suisse, Gilles (Jean Villard, 1895-1982), réinvente la chanson contestataire (Dollar, 1932) avant de s'établir à Lausanne pendant l'Occupation pour y écrire des chansons antinazies.
Lys Gauty (Alice Gauthier, 1908-1994) démontre qu'on peut à la fois chanter des rengaines et interpréter Kurt Weill. Interprète de Je suis seule ce soir, Léo Marjane (Thérèse Gérard, née en 1912 ?) se situe au confluent de plusieurs styles et influences : ceux de la chanson réaliste, du jazz, des musiques d'Europe centrale, avec des emprunts au jazz klezmer des Andrews Sisters. Marianne Oswald (Alice Bloch, 1901 ou 1903-1985) importe l'expressionnisme berlinois dans la chanson ; elle, la ténébreuse, et le joli oiseau Agnès Capri (Sophie Rose Friedmann, 1915-1976) seront les premières à interpréter Jacques Prévert, premiers jalons de Saint-Germain-des-Prés.
L'Occupation, ce sont d'abord les persécutions dont sont victimes les artistes juifs, chassés des théâtres de la zone occupée, puis de toute la France, des ondes, des sociétés d'auteurs. Casimir Oberfeld (1903-1945), auteur de succès de Mistinguett, est assassiné en déportation, à Auschwitz. Certains patriotes gagnent Londres, comme Germaine Sablon, son frère Jean restant aux États-Unis. D'autres passent en Suisse, comme Marie Dubas ou Renée Lebas, qui se fait connaître au micro de Radio-Lausanne. La situation est difficile pour ceux qui restent, et qui doivent continuer à chanter en essayant d'éviter les ornières ; certains s'y enliseront. Était-il si facile de refuser une invitation à chanter à Berlin ? La vogue du swing et ses Irène de Trébert (1921-1996) était-elle un pied de nez à l'occupant ? Comme ces emprunts au blues de la Piaf de l'époque ? Une chose est certaine : la Révolution nationale prônée par le régime de Vichy n'aimait pas les zazous comme Trenet. Une chanson nostalgique, Mon Amant de Saint-Jean, créée en 1942 par Lucienne Delyle (1917-1962), relevant du pur réalisme – une jeune femme rencontre un souteneur dans un bal –, a passée la barrière du temps jusqu'à aujourd'hui.
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