Les plus anciens poèmes lyriques en langue romane intégralement conservés sont les premières chansons courtoises des troubadours (début du xiie s.). Mais la poésie courtoise, expression d'une nouvelle doctrine de l'amour, subtile, agressivement aristocratique, n'a rien de populaire et n'est pas l'héritière directe de la poésie orale antérieure, sur l'existence de laquelle on possède des témoignages très anciens, indirects mais irréfutables (canons conciliaires, khardjas mozarabes). Quelques genres lyriques dont les spécimens connus sont tous postérieurs à l'apparition de la poésie courtoise, et donc influencés par elle, se rattachent cependant à cette tradition. Ces poèmes, bien que composés par des hommes, sont l'expression d'une subjectivité féminine ; l'amour y est éprouvé et chanté par une femme, d'où le nom de chansons de femmes. Aux xiie et xiiie siècles, trois types de chansons entrent dans cette catégorie, qui est la forme primitive universelle du lyrisme amoureux.
Les chansons de toile ou d'histoire furent ainsi nommées parce qu'elles étaient censées, au dire du romancier Jean Renart (xiii […]
