2. Une fusion de l'âme et de la nature
En 1917, Machado présentait ainsi Champs de Castille : « Cinq années en terre de Soria, aujourd'hui pour moi sacrée – c'est là que je me suis marié, c'est là que j'ai perdu mon épouse, que j'adorais – ont tourné mon regard et mon cœur vers l'essentiel castillan [...] Vous trouverez aussi de nombreuses compositions étrangères aux projets que je vous expose. Nombre d'entre elles répondent à une préoccupation patriotique ; d'autres au simple amour de la Nature, qui chez moi surpasse infiniment celui de l'Art. Pour finir, quelques rimes révèlent les nombreuses heures de ma vie passées – certains diront perdues – à méditer sur les énigmes de l'homme et du monde. »
La poésie de Machado a donné lieu à des appréciations variées. Certains critiques, tels Juan Ramón Jiménez ou Gerardo Diego, donnent leur préférence à la période symbolique des Solitudes (1903-1907). D'autres, plus intéressés par l'histoire, la critique sociale ou politique, mettent en valeur les compositions de Champs de Castille. Dans le recueil suivant, Nouvelles Chansons (1917-1930), la réflexion prend le pas sur l'inspiration lyrique, qui rejaillit dans quelques Poésies de la guerre (1936-1939). Il semble que l'on reconnaisse aujourd'hui que la plénitude du génie poétique de Machado se manifeste surtout dans l'admirable fusion de l'âme et du paysage qui marque les plus belles compositions de Champs de Castille, ainsi que dans l'austère méditation sur le destin de l'Espagne qui les nourrit.
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