2. Le champ lexical
On réserve souvent l'appellation champ lexical pour désigner un ensemble de termes lexicaux entretenant entre eux certaines relations sémantiques. Il peut s'agir de relations de synonymie (comme « bicyclette » et « vélo », ou « casser », « briser » et « rompre »), de relations d'antonymie (comme « grand » et « petit », ou « construire » et « détruire »), ou plus largement de caractéristiques sémantiques qui permettent de regrouper les mots considérés sous un même intitulé générique (comme « table », « lit », « chaise », « armoire », regroupés dans la famille des meubles).
À ce propos, on se gardera de confondre le champ lexical avec le champ conceptuel, qui désigne l'aire des concepts couverte par un mot ou un groupe de mots. Historiquement, les premières études consacrées aux champs, dans les années 1920-1930, ont été proposées dans une perspective davantage ethnologique et anthropologique que véritablement linguistique : elles portaient en réalité sur des champs conceptuels. Les pionniers dans ce domaine ont été, au début du xxe siècle, les néo-humboldtiens comme Joos Trier (à qui l'on doit la notion même de champ sémantique), Weisgerber ou Porzig, à la recherche d'une « vision du monde » globale supposée propre à chaque nation. Dans ces études, le matériau linguistique n'était guère analysé pour lui-même, il constituait un simple point de départ pour dégager des schèmes de pensée socioculturels. Il s'agissait, par exemple, d'étudier, dans une société donnée, le champ des animaux domestiques, celui des plantes, celui des couleurs, ou encore celui des relations de parenté.
Or un champ conceptuel ainsi caractérisé ne définit pas, ipso facto, un champ lexical : pour accéder au champ lexical propre à une langue donnée, il faut en effet étudier la façon spécifique dont cette langue exprime ou au contraire néglige certains concepts à travers ses ressources lexicales. C'est ainsi, par exemple, que la structuration en français du champ lexical des termes de parenté […]
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