Le voyage du H.M.S. (Her Majesty Ship) Challenger, de 1872 à 1876, peut-être l'une des plus importantes expéditions scientifiques jamais effectuées, marque la naissance de l'océanographie moderne. À l'origine de cette expédition, les croisières du Lightning et du Porcupine de 1868 à 1870 qui venaient de dissiper deux erreurs importantes : l'emploi de thermomètres protégés de la pression extérieure montra l'existence de températures près du fond bien en-dessous du minimum attendu de 4 0C, et surtout des dragages rapportèrent de 4 450 mètres de profondeur une grande variété d'animaux, alors que l'on croyait auparavant que la vie ne pouvait exister au-delà de 600 mètres de profondeur. À la suite de ces découvertes, et sous l'impulsion de la Royal Society, le gouvernement anglais décida d'organiser une grande expédition autour du monde, et réarma pour l'accomplir un bâtiment de guerre, le Challenger. Le navire quitta l'Angleterre au printemps de 1872, et y revint trois ans et demi plus tard après avoir parcouru 70 000 milles nautiques et réalisé des investigations dans les profondeurs supérieures à 2 000 mètres en 362 stations : sondages ; prises d'échantillons de sédiments, d'eau ; mesure de température ; récolte d'animaux. Les sondages les plus profonds dépassèrent 8 000 mètres, dans la fosse des Mariannes, en mer des Philippines.
Nombre des informations recueillies auparavant se révèlèrent fausses ou inexactes. L'Atlantique Nord, pourtant le mieux connu et déjà parcouru par un câble transatlantique, s'avéra en de nombreux points moins profond qu'on ne le croyait. Pour les autres régions traversées, la forme générale des bassins océaniques était inconnue. Du point de vue biologique, en dehors des formes vivant en surface et qui pouvaient être facilement recueillies par les navires marchands, les connaissances étaient pratiquement nulles.
Les découvertes du H.M.S. Challenger ont été publiées entre 1878 et 1895, sous forme d'une cinquantaine de gros volumes. L'abondance et l'importance des résultats […]
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