2. L'éruption chromatique
De 1915 à 1919, Soutine est le plus souvent hors de Paris, dans le sud de la France. Géographiquement et stylistiquement, deux périodes se succèdent, celle de Céret (1919-1922), dans les Pyrénées-Orientales, et celle de Cagnes (1923-1925), dans les Alpes-Maritimes. Les deux cents toiles explosives jaillies à Céret, et qui décidèrent brusquement de son succès lorsque le célèbre collectionneur américain Albert C. Barnes en acheta d'un bloc un lot considérable, devaient être dans son esprit détruites, car elles n'avaient qu'une valeur expérimentale et purificatrice, celle d'un paroxysme nécessaire à sa délivrance et à son épanouissement. La vogue de l'expressionnisme abstrait a ramené l'attention vers elles de façon intempestive, au détriment des phases postérieures. Âpres, noueux, compacts, troués de lueurs fauves, scintillants de gemmes, les paysages de Céret semblent ébranlés par un séisme qui disloque les structures pour mettre à nu les substances. À Cagnes, la tempête s'apaise et, sans perdre son élan passionnel, se mue en visions curvilignes, finement articulées, où l'on sent les effluves de la mer et les respirations de l'azur. Des tons de féerie, bleus, verts, jaunes et rouges, s'enlèvent sur ces blancs irisés et laiteux qui déploient leurs magiques variations dans la série des Pâtissier échelonnée de 1922 à 1927.
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