4. L'Église d'État de Justinien
Le règne de Justinien (527-565) est animé par la même volonté unitaire : il veut non seulement reconstituer l'unité politique du monde romain en Orient et en Occident, mais imposer l'unité de foi et intégrer l'Église à cet État unifié. Faire en un mot coïncider à nouveau les frontières de la Cité de Dieu et celles de son Empire. Le rôle dévolu à l'évêque de Rome ne peut donc jouir d'un pouvoir suréminent, il est simplement patriarche de l'Occident, sorte de vicaire de l'empereur, humblement soumis à toutes ses décisions. Car l'empereur, comme il l'indique en tête des lois qu'il promulgue, « a été envoyé aux hommes par Dieu pour être la Loi vivante » (Novelle 105). Il se considère donc naturellement comme guidé par l'Esprit-Saint dans les affaires religieuses et il estime que sa mission est de veiller strictement au maintien de l'orthodoxie. Le rôle de l'Église est ainsi réduit à celui d'intercession, de prières, pour la grandeur du règne et le bien de l'État. L'empereur-prêtre juge des hérésies, dépose le pape et l'emprisonne au besoin, convoque les évêques afin de faire ratifier par un concile ses décisions, et réduit les diverses oppositions qui se manifestent contre sa politique d'une Église d'État.
• Théocratie ou césaropapisme ?
Ce souci de maintenir la vraie foi était, chez Justinien, singulièrement renforcé par l'empressement avec lequel, au risque de compromettre sa liberté, l'Église se plaçait, comme déjà sous le règne de Constantin, sous la protection du « bon empereur » : cette tutelle que l'État, depuis le ive siècle, faisait peser sur l'Église fut le plus souvent acceptée de bon gré et saluée avec joie. Organisée et protégée par l'empereur, garant de l'intégrité de ses dogmes, elle entendait être en même temps la conscience de l'État ; ce n'était là qu'une vision idéale, qui devait nourrir les spéculations médiévales du Saint Empire romain germanique, tandis qu'en Orient Byzance démontrait la solidité de cette construction d'une monarchie fondée sur les principes mêmes élaborées par Eusèbe de Césarée, principes qui s'inscrivaient, en définitive, dans la tradition la plus authentiquement romaine.
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